Chocó et région tumbésienne, les deux oubliés de l’Equateur

Tout dépend souvent de comment l’on regarde et l’on comprend les choses. En termes de biogéographie, il est important de bien intégrer le rôle et l’importance des points chauds de biodiversité qui constituent les grandes bio-régions de chaque continent. En ce qui concerne les néo-tropiques (pays tropicaux du nouveau monde), dont l’Equateur fait partie, ce concept est encore plus important de par l’interaction de multiples facteurs géographiques, climatiques, géologiques et biologiques. Il n’est pas rare de lire que l’Equateur héberge 4 grandes régions qui sont, de l’est à l’ouest : Le bassin amazonien, les Andes, la côte Pacifique et le plus remarquable : l’archipel des Galápagos. Si ces macro-écosystèmes composent les zones de visites les plus renommées et les plus connues du pays, on fait souvent omission des deux plus importants « hot-spots » de biodiversité du pays : le Chocó et la région tumbésienne.

Les forêts du Chocó et de la région tumbésienne n’ont rien à voir entre elles, si ce n’est leur intérêt naturaliste

Localisés à chaque extrême ouest du pays, ces fragiles biotes hébergent probablement (avec le Yasuni, situé en plein cœur de l’Amazonie équatorienne) les plus hauts taux d’endémisme et les plus importantes concentrations de richesses naturelles. Elles constituent ainsi des régions mythiques et de passage obligatoire, en termes de découvertes naturalistes et scientifiques.

Appelé localement Noroccidente, comprenez le nord-ouest, le Chocó est coincé entre les Andes occidentales et le littoral Pacifique. Catalogué parmi les 25 plus importants hot-spots de la planète il fait aussi parmi des écosystèmes les plus en danger. Son climat tropical humide est dû à la présence constante du courant chaud de Panama (courant du niño). Ces quelques 260,595 km2 couvrent une partie du Panama, tout le littoral colombien et viens mourir jusqu’à la moitié nord de l’Equateur dans les forêts semi-arides de la région tumbésienne, tout en recouvrant une grande partie des flancs ouest de la cordillère des Andes. Son accès depuis la capitale équatorienne reste la meilleure porte d’entrée. Sa nature exubérante est composée d’une mosaïque d’étages altitudinaux abritant le plus haut taux d’endémisme au monde. Région pionnière dans le tourisme vert en Amérique du sud, beaucoup de ces zones de visites sont considérées comme des incontournables. Depuis Quito il ne faut qu’une heure trente pour se rendre à la réserve de Yanacocha. Cette relique de forêt alto-andine, ancrée sur les versants du volcan actif Pichincha, héberge l’endémique Érione à ventre noir, le colibri ayant la plus petite distribution au monde. Plus bas, les magiques forêts de nuages de la vallée de Tandayapa constituent une véritable muraille de nature, résistant aux pressions anthropogènes grâce à de nombreux projets de conservations et d’investigations. La route sinueuse menant vers la côte croise la vallée de Mindo, premier IBA (Important Birding Area) d’Amérique, qui s’est positionné depuis plus de 20 ans comme la Mecque du Birdwatching en Equateur. En continuant encore plus vers l’ouest, le petit village de Mashpi, tiraillé entre agriculture intensive et projet minier, a su tirer son épingle du jeu en développant les premières plantations bio de cacao d’arôme fin du pays. Son chocolat artisanal est reconnu comme l’un des meilleurs du monde. Isolé géographiquement dans l’extrême nord-ouest, les dernières forêts tropicales du Chocó équatorien sont les plus fragiles mais aussi les plus remarquables. C’est ici que subsiste l’une des plus importantes populations de singes araignées à tête brune (Ateles fusciceps), classés parmi les 25 espèces de primates les plus menacées au monde. Le Pittasome à sourcils noirs (Pittasoma rufopileatum), L’Anole Pinocchio (Anolis proboscis), le Jaguar (Pantera onca), la Coracine casquée (Cephalopterus penduliger), ne sont quelques-unes des espèces emblématiques de cette bio-région.

 

Même si plus éloigné et moins accessible, la région tumbésienne est tout aussi changeante, riche et envoutante que le Chocó. Engoncée entre le sud de l’Équateur et le nord du Pérou, elle est composée d’une grande diversité de biotopes de basses terres. Baignée par le courant froid de Humboldt, elle se place comme une zone de transition entre les forêts humides adjacentes du nord et les paysages arides du désert de Sechura, du voisin Pérou. Ces paysages semi-décidus, plus secs, plus soumis à la saisonnalité et couverts de végétations caduques (par opposition aux forêts pérennes du nord) sont facilement accessibles depuis les villes de Guayaquil, Cuenca, Loja ou Machala. De la péninsule de Santa Elena et ses grandes colonies d’oiseaux pélagiques aux surprenantes forêts pétrifiées de Puyango, les opportunités de visites ne manquent pas. Plus aux sud, les denses mangroves et écosystèmes ripariens de Churutes, sont le refuge du singe hurleur á manteau (Alouatta palliata). Comme zone de transition altitudinale, les forêts demi-sèches côtières couronnées de kapokiers et de faux caroubiers ainsi que les zones de broussailles, agaves et bromélias terrestres de la vallée de Catamayo offrent un terrain parfait au rare et isolé Cordon-noir élégant (Melanopareia elegans) qui y évolue silencieusement. En remontant légèrement le long des contreforts andins, les forêts humides de la vallée de Piñas reverdissent le paysage, une aubaine pour pour l’herpétofaune endémique !

 

Seulement 2 à 5 % de ces forêts primaires subsistent aux pressions anthropogènes. La destruction de l’habitat para la déforestation sauvage, l’avancée de la frontière agricole, l’activité minière, légale et illégale, le trafic d’espèces et les monocultures en sont les principales causes de destructions. Ces écosystèmes fragiles et riches offrent un caléidoscope naturel surprenant et méconnu. Ils sont devenus, au fil des dernières années, des incontournables pour les naturalistes et les photographes, car ils hébergent des espèces uniques et d’excellentes opportunités d’observations. Les différentes offres d’hébergement touristique développées sur place, offrent des alternatives uniques et permettent de redistribuer le flux touristique d’une manière plus équitable sur le territoire équatorien. Parallèlement de solides projets de conservations, menés par différentes ONG, ont permis de protéger une grande partie de ces territoires, écrins de ces trésors de biodiversité.

 

Par Xavier Amigo, votre guide qui n’a oublié ni le Chocó ni la région tumbésienne