Du Choco au Yasuni – Voyage naturaliste et photographique – sept 2019 – 2/2

Compte rendu de voyage – Du 03 au 7 octobre 2019.

Voyage d’observation ornithologique au cœur du Yasuni – Sani Lodge : Du choco au Yasuni

Participants : Françoise et Guy Bauple, Jean-Louis Le Car, Romain Dufaux

Guide francophone: Xavier Amigo

Guide local: Holger Licuy

 

Barbacou à bec jaune

 

Lors de ce module de voyage de photographie et d’observation ornithologique de 5 jours, nous avons visité la majorité des écosystèmes amazonien d’Équateur, en vue d’observer certaines espèces particulières et de générer un maximum de clichés photographiques d’oiseaux. Lors de cette immersion en forêt amazonienne, certaines espèces de mammifères et autre faune ont été également observées.

 

Toutes les images présentes sur ce compte rendu de voyage ont été prises lors du voyage.

 

Jour 1 : Coca –  Sani lodge

Première immersion en Amazonie, sur les écosystèmes fluviaux et ripariens.

Un des nombreux tangaras très colorés de la région

Malgré la menace d’une grève nous arrivons à l’heure à la ville de Coca, aussi appelée Francisco de Orellana. Départ à 11h00 am en pirogue privée. L’idée est de s’arrêter en route sur les différentes îles du Napo. Nos premières observations ne se font pas attendre ; caracara a tête jaune, urubu noir, vanneaux terro en vol, pic de malherbe. Un peu plus bas, Holger, notre guide local, remarque un grand ibijau posé au plus haut d’un tronc de cécropia, sans lui nous ne l’aurions surement pas vu. Le mimétisme de cet oiseau nocturne reste, à chaque observation, littéralement surprenant. Un caracara noir croise notre sillage. La pluie reprend un court instant mais cela ne durera pas. Cette alternance de ciel ensoleillé et orages intense nous accompagnera tout le séjour. Le long de la rive nord du Napo, un couple de canard musqué croise notre route avant de disparaitre dans la forêt. L’observation de cet anatidé n’est pas du tout fréquente aussi haut, en amont de la rivière. Une coche pour Guy et Françoise qui ont quelques voyages en Amazonie à leur actif.

Un hoatzin au nid

Un peu plus en aval, nous débarquons sur notre première île où un carouge loriot nous donne la bienvenue. Dans les premières zones de végétations un individu de synallaxe à gorge blanche sort rapidement et permet une excellente observation. Nous croiserons ensuite 5 engoulevents trifides, qui poseront un moment pour la photo avant de disparaître dans la végétation herbeuses. Nous continuons à explorer la partie la plus jeune de l’île. En face de nous, sur la rive nord du Napo, un groupe très nombreux de tyrant tritri virevolte au sommet d’une érythrine. Le ballet aérien de cet oiseau migrateur est très fréquent a cette époque de l’année. Sur le retour vers la pirogue, nous ajouterons quelques espèces complémentaires commune aux bords de forêt : pigeon de Goodson, colombe rousse, tyran féroce, sporophile à ventre châtain, hirondelle à ailes blanches. Nous reprenons la navigation vers 13h00 sous un ciel menaçant. La deuxième ile, un peu plus ancienne, abrite une population de synallaxe à ventre blanc que nous pourrons observer brièvement. Le colibri à queue verte, un colibri spécialiste lui aussi des îles, sera également de la partie. Plus loin le sporophile noir et blanc, sporophile à ventre châtain, et moucherolle fuligineux se laisseront facilement observer. Dernier tronçon de rivière à naviguer durant 1h30, au fil duquel nous croiserons le vol de aras bleus et jaunes et quelques conures de wedell. Un dernier arrêt nous permettra de réaliser quelques bons clichés du rare jacamar brun, mais aussi du discret moucherolle riverain et de l’élégante hirondelle a ventre blanc. Nous rencontrerons aussi un individu de sterne argentée en pleine chasse le long du Napo. Nous retrouverons cette espèce tous les jours. Le niveau exceptionnellement bas de la rivière pourrait expliquer la présence continue de ce laridé en amont de la rivière. Nous débarquons au «port» du Sani pour traverser à pied la zone de varzea. Une chevêchette brune vocalise haut dans une Cecropia. Un coup de « spotting scope » nous permettra de bien l’observer. Le long de la traversée de la zone de forêt semi-inondable se succéderont plusieurs nouvelles espèces remarquables : grimpar nasican, Iodopleure d’Isabelle, geai violacé. Une fois à bord de notre pirogue nous aurons nos dernières observations de la journée martin-pêcheur nain et la super caurale soleil, ainsi que des hoatzins, aras rouges et aras bleus.

Arrivé au Sani lodge, un pot de bienvenus nous sera servis accompagné du chant langoureux de l’engoulevent Pauraque

 

Jour 2 : La tour d’observation

Au dessus de la canopée

Un Iodopleure d’Isabelle s’envole du haut de la canopée

Petit déjeuner à 5h00. Aux premières lueurs du petit matin le chant d’un petit duc choliba nous accompagne pendant que la pirogue glisse silencieusement sur la lagune de Challuacocha. Notre objectif sera, durant toute la matinée, d’explorer les feuillages de la haute canopée à la recherches d’espèces restreintes à cet étage végétatif. À cette heure-ci l’activité débute à peine le long du canal d’eau noire. Un grebifoulque nage silencieusement devant la pirogue. Le sentier qui nous mène à la tour d’observation baigne dans un chorus de chants matinaux aussi diversifiés que mélodiques. Le chant de quelques manakin resonne devant nous. Nous observerons simultanément un indiviud mâle de manakin à tête d’or et un manakin nain. La tour d’observation, construite à quelques 20 minutes de marche du débarcadère, étreint sur 38 mètre de haut un immense et grandiose kapoquier (Ceiba pentandra) l’un des arbres les plus mythiques des forêts tropicales humides amazoniennes. Son intérêt principal, mis à part qu’il est le plus haut de tous les arbres amazoniens, est qu’il sert de refuge et d’espace d’alimentation à de nombreuses espèces d’oiseaux de la plus haute strate végétale de la forêt.  L’activité ce matin est exceptionnelle. Nous resterons là-haut jusqu’à 11h00 ce matin. Tangara, piones, aras, tyrants, trogons, colibris, toucans, se succèderont pour le plus grand bonheur de nos yeux. Au total plus de 45 espèces seront observées. Sur le retour nous irons patienter au « hide » pour tirer le portrait du sublime manakin filifère.  Un individu solitaire de pic jaune sera également observé.

 

Jour 3 : les falaises d’argile

Un alapi plombé se donne en spectacle

Le lever du jour sur la lagune réserve souvent quelques surprises. L’avifaune au petit matin rejoint les zones d’alimentations et c’est un moment idéal pour croiser leur vol. Un mâle de la rare coracine huppé survole la lagune, puis ce sera le tour d’un groupe d’ortalides maillées, puis d’un martin-pêcheur vert, le superbe paroare rouge cap récupère du matériel pour le nid. Plusieurs espèces de psittacidés (ara vert, amazone poudrée et ara bleu), survolent silencieusement le point d’eau.

Nous tentons de trouver, dans le dense feuillages des zones de varzea quelques espèces d’alapi. Un couple d’alapi plombé se donne en spectacle pour la photo. Un mâle d’alapi à épaules blanches nous donnera du fil à retordre mais nous l’observerons convenablement au bout de quelques minutes. Un groupe de singe tamarin à manteau noir lance leurs cris stridents au-dessus de nous.

Nous embarquons vers 7h00 à bords de notre pirogue à moteur après une petit pause technique. Direction les salines. Un balbuzard pécheur perché sur une branche morte de la rive sud attends son heure pour aller pêcher. Nous croiserons également le vol d’un chevalier grivelé en plumage d’hiver et d’un héron strié. Nous arrivons face à la première falaise d’argile quelques dizaines de minutes après. Les différentes espèces forment des groupes bien régulier et localisés sur la falaise. Conure de Weddell, toui de Deville, amazone poudrée et amazone à front jaune se partagent les lieux. Après 10 minutes d’observation, quelque chose les effraie. Possiblement un prédateur. Un ballet aérien accompagne de cri strident des 4 espèces inonde le ciel. Nous sommes arrivés à temps.  Nous nous dirigerons ensuite vers la deuxième saline. Un arrêt en route pour chercher l’ibijau à longue queue ne donnera aucun résultat. Malheureusement cela fait partie du jeu, surtout avec les oiseaux nocturnes. Nous débarquons sur la rive sud du Napo en plein parc national Yasuni. L’une des réserves les plus biodiversifiée au monde. Un cormoran bigua nous y donne la bienvenue. Ce sera ensuite le tour du grimpar varié. Une ronde de formicaridés croise le chemin aménagé par la communauté indienne de Añangu. Nous resterons un moment à chercher ces espèces rares de sous-bois comme le myrmidon gris, le batara ardoisé,  le batara cendré, le myrmidon à flancs blancs et le myrmidon pygmé.

Les salines du Napo sont un endroit souvent mouvementé

Arrivés à l’affut, un groupe d’environs 60 pécaris viennent de laisser leur odeur et l’espace souillé. Il faudra attendre apparemment que le calme revienne pour tenter d’observer certains psittacidés. Avec Holger, nous décidons de combler le temps en partant à la recherche de certains oiseaux de sous-bois autour de l’affut. Nous tombons sur un lek d’hermite à long bec, vocalisant sans retenu à quelques dizaines de centimètres du sol. Ces colibris de sous-bois font des leks eux aussi. En plus des pécaris, un milan bidenté fait un nid au-dessus de l’affut. Là où les uns sévicent les autres trépassent. Deux premiers caïques de barabans amorcent leurs descentes vers la saline. Les autres espèces suivront-elles ? Non ! Les couples de milan tournent autour de la zone et les différentes espèces de perroquet restent sur leurs positions, même si ces premiers ne représentent aucun risque pour ces derniers. Nous décidons de regagner la pirogue. Sur la rivière nous observerons buse à queue courte, caracara à tête jaune, et les plus communs urubu à tête rouge, urubu noir et grand urubu. Le long des rives une position inusuelle de deux barbacou à croupions blancs nous permettra de faire quelques photos sympas de cette espèce qui en général est hors de porté des objectifs. Elle est accompagnée sur le même tronc d’une enfilade d’hirondelles à ailes blanches. Un martin-pêcheur amazonien vaque un peu plus loin à son occupation préférée. Une petite pause culturelle est incluse dans le circuit. Nous partons visiter la communauté de « Sani Isla » pour connaitre un peu plus de leurs coutumes et leurs cultures, mais aussi pour participer à notre niveau au développement local. L’association de femmes artisanes propose ici différents produits élaborés avec des matériaux locaux de récupération. Nous profitons de ce passage sur cette partie de la réserve communautaire pour chercher certaines espèces d’oiseaux de forêts et de zone secondaires. De retour au lodge nous decidons d’aller explorer à pied les zones de forêt semi-inondée. Nous y trouverons l’alapi fuligineux, le caïque maïpouri, un couple de motmot d’Amazonie et le grimpar des cabosses. Nous ferons une excellente observation du tamatia à collier puis plus loin de l’alapi plombé et de l’alapi à épaules blanches. Nous resterons jusqu’au crépuscule pour tenter d’observer le rare héron zigzag que nous observerons très bien en bordure du canal.

 

Jour 4 : la rencontre tant attendue

Départ à 5h du matin. Il faut profiter de la dernière matinée pour tenter d’observer les quelques espèces qu’il nous manque. Le cri glacial d’un ibijau gris se laisse entendre de l’autre côté de la lagune. Un bihoreau gris nous dépasse en vol. Quelques mètres plus loin un héron garde-bœuf, perché sur les philodendrons, nous regarde passer stoïquement. La pirogue avance silencieusement vers le sentier Coto, qui alterne zone de terra firme et de varzea.

Au fur et à mesure de notre avance sur les eaux calmes de la lagune Oxbow la lueur du jour se fait plus présente. Nous observerons plusieurs espèces déjà vues : ara bleu, attila canelle, héron cocoï, tyran quiquivi, donacobe à miroir, ainsi qu’un caïman noir.

En rentrant dans les marécages un alapi plombé et un fourmilier perlé chantent entre les racines des ficus. Plus loin un héron coiffé décolle soudainement devant notre embarcation. Nous débarquons pour tenter une dernière fois d’observer les espèces importantes non vues jusqu’alors.

Le batara de la cocha vocalise en fin

Enfin!! Le batara de la cocha vocalise en contrebas. Il était temps ! Tous nos essais antérieurs n’avaient pas été fructueux. Un couple vocalise enfin et se laisse observer et photographier durant quelques minutes. Cette espèce de thamnophilidé mythique de la zone parait être en époque de reproduction. Ceci pourrait expliquer l’absence totale jusqu’à aujourd’hui de la présence sonore de cet oiseaux restreint aux rives nord du Napo. Les deux surprises de la matinée seront un couple se hocco de Salvin et une famille de tocro marbrées. Le soleil nous accompagnera toute la matinée en donnant une note de gaité à ce voyage amazonien qui s’achève. Bon pas tout à fait… quelques obs complémentaires augmenteront notre liste comme le tyran pirangua, le milan des marais, le saltator gris, le tyran pirate et le tyran à tête grise. Sur la lagune, une femelle de mango à cravate noire niche sur un tronc mort en plein milieu de la lagune. Il nous était resté invisible jusqu’alors. Dans le canal menant à la rivière Napo nous croiserons un anhinga d’Amerique et un héron coiffé. Lors du retour en pirogue à moteur nous réaliserons nos dernières observations du bec-en-croc de Cayenne, milan a queue fourchue et d’hirondelle tapère.

Après le mâle, c’est la femelle de batara de la cocha qui se montrera

 

Par Xavier Amigo, guide spécialisé pour vos voyages photographiques et naturalistes en Equateur

 

Quelques photo supplémentaire juste pour le plaisir

 

Autre faune observée

  • Chauve-souris pêcheuse
  • Singes laineux du Napo
  • Singes hurleur roux
  • Tamarin a manteau noir
  • Saïmiri écureuil
  • Singe Capucin
  • Paresseux a trois doigts
  • Paresseux à deux doigts
  • Paca (traces)
  • Chien a oreilles courtes (traces)
  • Caiman crocodilus
  • Melanosucus niger
  • Anolis sp.
  • unifilis
  • expensa