Extension de la réserve marine des Galápagos

Lundi 24 Juin 2019, le ministère équatorien de l’Environnement a annoncé que l’UNESCO agrandirai de 14 millions d’hectares la réserve marine des Galápagos. Déclaré Patrimoine Naturel de l’Humanité par l’Unesco en 1978, l’archipel ne comprenait que la partie terrestre mais s’étend à présent sous les fonds marins. Cette réserve de biosphère devient donc une des plus grandes zones marines du monde en passant de 772 000 hectares à 14,6 millions d’hectares !

 

Danny Rueda, garde forestier du parc national des Galápagos a annoncé que « cela permettra au ministère de l’Environnement de promouvoir des mécanismes de préservation de l’écosystème et de la diversité biologique, de renforcer le développement économique et humain durable de la population locale, et de fournir un soutien logistique aux projets de recherche éducatifs et environnementaux connexes. »

 

Cependant, ce secteur du pays n’a pas toujours été protégé. Les premières mesures ont été prises en 1974 par le Plan de gestion des terres qui recommandait une distance de 3 kilomètres autour des îles. En 1986, pour contrôler les pratiques illégales de pêche et la surexploitation des ressources marines, la conservation de l’archipel a pris de l’ampleur. Ce n’est qu’en 1998 que la réserve marine des Galápagos voit le jour grâce à la loi organique du régime spécial pour la conservation et le développement durable des Galápagos (LOREG).

 

En 2001, l’UNESCO a reconnu officiellement la valeur écologique, culturelle et économique de l’archipel et a inscrit les Galápagos au patrimoine naturel mondial, promouvant la conservation et la préservation des espèces uniques qui l’habitent.

 

Des espèces menacées

Une tortue marine dans la réserve des Galápagos

Une tortue marine dans la réserve des Galápagos

Les Galápagos, comme complexe ilien, ne peuvent pas survivre sans la protection des écosystèmes marins et côtiers. De nombreuses espèces natives et endémiques dépendent entièrement des espaces maritimes dans leur intégralité, des zones intertidales aux zones pélagiques. Ces multitudes de biotopes sont le théâtre de processus évolutifs et écologiques complexes qui ont souvent une origine terrestre mais qui sont directement liés aux milieux marins. Les manchots des Galápagos, les iguanes marins, les cormorans aptères, les otaries à fourrure, les crabes Sally pieds-légers, les fous à pieds rouges et les tortues noires ne sont que quelques exemples d’êtres vivants qui partagent leurs vies entres les espaces terrestres et maritimes. La plupart ont un point en commun : ils ont tous besoin de l’espace aquatique pour se nourrir. Dans ces colonnes d’eaux, plus de 2 900 espèces cohabitent. 25% de ces organismes marins sont endémiques dont 24 espèces de mammifères marins tels que baleines, dauphins et otaries. Ces deux derniers sont endémiques ainsi que plusieurs mammifères terrestres dont les chauves-souris, les petits rongeurs sans oublier les nombreux reptiles et oiseaux (29 et 30 espèces endémiques respectivement).

 

Rappelez-vous, le 13 août 2017, un navire chinois était intercepté dans l’archipel des Galápagos transportant une cargaison illégale de plus de 6 000 requins, dont des espèces menacées d’extinction. Malgré le grand scandale écologique que cela avait déclenché, il ne s’agissait malheureusement que de la surface visible de l’iceberg… Des centaines de bateaux de pêche se rendent chaque jour dans les eaux de l’archipel à la recherche d’espèces rares, mais ici abondantes du fait de la force de conservation.

La pêche excessive et la pêche illégale à grande échelle sont des menaces sérieuses pour l’écosystème marin fragile des îles. Ces pratiques appauvrissent les réserves de poissons destinés aux échanges commerciaux, détruisent les milieux marins et paralysent les communautés locales dont la subsistance dépend des ressources marines. La quasi-totalité des espèces côtières commercialement importantes des Galápagos sont surexploitées.

 

Paradoxalement, beaucoup d’entre elles sont protégées. La chaine trophique est très rapidement altérée et les déclins de populations prédatrices se voient très rapidement affectées comme les fous à pieds bleus qui sont dépendants d’une seule espèce d’anchois. La surpêche de ce dernier provoque un effet domino et peut réduire considérablement les populations de ces oiseaux marins.

La fondation Charles Darwin, par le biais de sa station scientifique a, depuis plus de 50 ans, mis en place des systèmes de suivis scientifiques des populations d’espèces maritimes qui subissent, en plus des phénomènes naturels dévastateurs tel que le Niño, des pressions anthropogènes excessives. Les chercheurs se sont rendu compte que les Galápagos étaient le point de ralliement de grands squales et autres poissons cartilagineux tels les requins baleines, les requins soyeux et bien entendu les requins des Galápagos sans oublier les raies Manta et de nombreuses espèces de requins marteaux.

 

De plus, le gouvernement équatorien a été encouragé, notamment par le Comité du patrimoine mondial, à protéger davantage les îles en promulguant la loi spéciale pour les Galápagos. Cette loi comprend : des contrôles migratoires humains vers les sites sensibles, la création d’un système de quarantaine pour combattre les espèces exotiques, des limites aux droits de propriété et aux activités économiques pour les mettre en cohérence avec l’objectif de conservation, une augmentation de la dotation financière de l’État au site et depuis le 24 Juin 2019, la création d’une réserve marine beaucoup plus large autour des îles, avec une protection juridique renforcée.

 

Le tourisme, un aspect controversé

Un groupe de visiteurs en excursion dans la réserve marine des Galápagos

Un groupe de visiteurs en excursion dans la réserve marine des Galápagos

Pour les Îles Galápagos, comme pour de nombreux autres sites fragiles (naturels ou patrimoniaux), les menaces issues de l’industrie du tourisme sont considérables.

En effet, la présence des touristes tout au long de l’année constitue un danger pour la faune locale. Le tourisme peut entrainer l’accroissement de la population locale et donc une augmentation d’espèces invasives (chats, chiens, rats). L’agrandissement de la population locale entraine elle la dégradation de terres à des fins d’urbanisation et d’agriculture. Sans oublier les déchets liés à toute activité humaine.

Aux Galápagos en particulier, l’introduction accrue d‘espèces exotiques détruit la biodiversité locale et l’habitat naturel. À cet égard, le Comité du patrimoine mondial a recommandé l’introduction de mesures de quarantaine et de programmes d’éradication, pour les chèvres, les cochons sauvages, les chats, les chiens, les rats, mais aussi de nombreuses espèces végétales envahissantes. Le gouvernement d’Équateur a répondu en introduisant un système d’inspection et de quarantaine et en exterminant les chèvres sur un certain nombre d’îles.

Selon les gestionnaires interrogés sur le sujet, le site a dans l’ensemble largement bénéficié de son inscription au patrimoine mondial pour étendre les limites du site afin d’inclure la réserve marine des Galápagos et de l’adoption par le gouvernement équatorien de la loi spéciale pour les Galápagos.

 

Paradoxalement, le tourisme aux Galápagos est indispensable pour le maintien des différents programmes liés à la recherche scientifique, à la conservation des espèces et à la protection des écosystèmes. En effet, l’archipel, isolé géographiquement, est dépendant du gouvernement dont les préoccupations et la capacité économique réduite, n’était pas approprié aux nécessités réelles de conservation locale. Beaucoup d’ONG et autres institutions privées, ont alliés leur effort avec différents départements gouvernementaux afin de rendre la balance positive. D’un autre côté, l’apport économique laissé par l’activité touristique aide depuis très longtemps au développement local et à la réduction des effets anthropogènes. Ces activités sont souvent bien moins nocives que les activités d’exploitation comme la pêche, l’extraction minière ou encore du pétrole, que l’on observe sur le continent. Le tourisme, avec 275 000 visiteurs en 2018, est essentiel pour la survie des Galápagos : fermer l’archipel au public serait probablement bien pire. La désoccupation des sites comme l’archipel par la présence humaine entraine souvent le chaos et l’exploitation frénétique comme le trafic d’espèces, le dégazage des bateaux dans les eaux de la réserve marine des Galápagos, la surpêche…

 

Les touristes sont donc à la fois des agents perturbateurs des écosystèmes mais leur présence apporte également un aspect régulateur que ce soit au niveau culturel et financier. Malheureusement, le gouvernement Equatorien ne dédie pas de somme suffisante aux patrouilles des eaux territoriales pour assurer leur conservation. Les Galápagos doivent être protégées et sans un financement extérieur qu’apporte le tourisme, l’archipel ne serait pas celui qu’il est aujourd’hui.

 

Où l’humain est remis au même niveau que les animaux, il est difficile de protéger un site tel que l’archipel des Galápagos, reconnu patrimoine mondial de l’UNESCO. Les différents acteurs doivent, tous ensemble, travailler à la conservation aussi bien des terres volcaniques que de la réserve marine, riches en espèces endémiques mythiques.

Pour plus d’infos, vous pouvez visiter les sites suivants :

Site gouvernementale du parc national des Galápagos

Site de l’UNESCO sur les îles Galápagos

 

Par Xavier Amigo, votre guide aux Galápagos qui a maintenant beaucoup plus de place pour nager.