MUSIQUE TROPICALE

Je m’appelle Wilson Raura. J’ai intégré l’agence NATURE EXPERIENCE en 2018, en prenant à charge la partie « transports et logistique ». Je suis originaire de Sigchos, une petite ville andine, située dans la partie occidentale de la province du Cotopaxi. Je suis issu d’une famille de paysans et vais vous raconter ma vie d’artiste dans ce pays multiculturel qu’est l’Équateur. Je suis instrumentiste de profession (trompette). Avant de parler de ma passion et des différentes anecdotes au sein des tournées avec plusieurs groupes et un en particulier, auquel j’ai appartenu pendant plusieurs années, je voudrais parler un peu de l’histoire de la musique tropicale.

MUSIQUE TROPICALE

En Équateur, l’impact et l’influence de la musique populaire d’Amérique latine est importante. Il s’agit d’une adaptation des Andes équatoriennes à la musique des Caraïbes. La particularité de cette musique consiste à adapter les instruments à vent des Andes pour les intégrer au sein d’orchestres avec un répertoire inspiré, écrit et modifié mais aussi importé.  La musique andine a été adaptée à ce format, étant déjà jouée par des cuivres (trompette, trombone, saxophone), des instruments électroniques (piano, basse électrique) ou des percussions (timbales, congas). Pour compléter leur forme et leur style, ils intègrent 2 à 3 chanteurs, formant ainsi un orchestre de 13 à 15 membres avec un style proprement équatorien.

Un exemple très caractéristique est la cumbia équatorienne, très différente du rythme de la cumbia colombienne, péruvienne ou d’autres pays. Il est nécessaire de préciser que les pays qui ont eu un impact sur la musique tropicale sont ceux des Caraïbes comme Cuba, Porto Rico et la Colombie, ce dernier étant le plus présent sur la scène, comme LUCHO BERMUDEZ (cumbiambero) et ROE ARROLLO (salsa), entre autres. Il est important de souligner que la musique tropicale est née des orchestres populaires. Ce sont eux qui ont apporté le rythme à cette musique colombienne, comme, par exemple, l’orchestre LUCHO BERMUDEZ.

En Equateur, le musicien et compositeur ANGEL MEDARDO LUZURIAGA GONZALES (1937-2018), originaire de la ville « musicale » de Loja, dans le sud du pays, a formé, le 11 novembre 1967, le premier orchestre du genre,  sous le nom de DON MEDARDO Y SUS PLAYERS. En s’inspirant de l’Orchestre BILLO DE CARACAS y LOS MELODICOS, et des « 2 de Venezuela », il donnât à la musique andine un style tropical. Un succès total qui l’amènera à voyager dans plusieurs pays comme les États-Unis, le Canada, l’Italie, le Costa Rica, l’Espagne, le Pérou, la Colombie, et bien d’autres, remportant de nombreuses récompenses et faisant perdurer jusqu’à aujourd’hui notre CUMBIA andine.

MA VIE PERSONNELLE AU SEIN DE LA COMÉDIE MUSICALE.

Deuxième enfant de la fratrie, je suis né le 16 janvier 1987 de parents équatoriens. Mon père, Jose Raura est saxophoniste et ma mère, Adelaida Doicela, mère dédiée.  Vous allez maintenant comprendre d’où vient mon goût pour la musique.

Dès mon enfance, j’ai commencé à pratiquer et à jouer de la trompette pour entrer au Conservatoire Inés Cobo Donoso, situé a Pujili, un petit village andin connu pour son marché indien, où j’y vivrais seul à l’âge de 12 ans, loin de ma famille, mais avec le rêve de devenir musicien.

À l’âge de 16 ans, je commence la scène. À cette époque, je vivais déjà dans la ville de Quito où je poursuivais mes études dans une école de musique. À cette époque j’intègre la symphonique des jeunes de l’institution « Quitumbe ».

  SYMPHONIE DES ENFANTS ET DES JEUNES DE QUITUMBE ( 2005 )

Chaque week-end, je jouais lors de fêtes d’anniversaire, de festivals traditionnels, de défilés populaires et je me produisais avec un groupe du village aux rythmes traditionnels de sanjuanito, d’albazo, et de pasacalle et je voyais les typiques costumes colorés de nos villages se mouvoir sur le dos des danseurs tel les yumbos, les caporales et bien d’autres. Ils étaient uniques !

Chaque jour, j’en apprenais davantage. J’ai continué à évoluer dans le monde de la musique et à mes 18 ans, j’ai auditionné pour faire partie de mon premier orchestre tropical. C’est à ce moment que j’ai intégré le groupe DINASTIA. C’est alors que j’ai commencé à être connu par plusieurs orchestres de renom tels que La MANIA, LA ORQUESTA MATECAÑA, entre autres. Ma surprise a été de recevoir un appel du premier orchestre du pays DON MEDARDO Y SUS PLAYERS en 2013.

                                                                Orchestre Don Medardo y sus Player – Ágora Casa de la Cultura (2015)

À partir de là, les choses ont radicalement changé : les fêtes entre amis et le temps passé en famille étaient terminés. Il n’y avait plus de câlins avec maman et papa pour leurs anniversaires, le réveillon ou les fêtes de Noël. Tout cela se passait désormais par téléphone: une très belle mais triste vie en même temps. J’étais pourtant heureux de faire partie du premier orchestre du pays : le célèbre orchestre qui a enchanté de sa cumbia andine chaque parcelle de mon beau pays et des pays voisins. Chaque concert était différent: les lieux, les gens, les traditions, la gentillesse… Tout était beau ! Un jour nous jouions dans la région du littoral Pacifique, le lendemain en plein dans les hautes Andes, et le surlendemain en Amazonie. Les hôtels vous recevaient avec une chicha de jora (bière locale à base de maïs), un maito (papillote de poissons aux cœurs de palmiers), un délicieux plat de fruits de mer ou encore un succulent encebollado de mani (soupe d’espadon, au oignon, cacahuète  et manioc), qui n’avaient pas de prix.

                                              Don Medardo et ses « Players Orchestra ». Anniversaire « 50 ans de vie artistique » (2016)

Le concert était sur le point de commencer. Nous savions tous qu’il s’agissait de 5 heures de spectacle en continu. La place entière nous attendait pour danser et chanter les chansons les plus populaires du groupe. Les lumières se sont éteintes après 02h00 du matin. Fatigués mais satisfaits, nous nous dirigeâmes vers notre camping-car. Chaque membre disposait de deux sièges, dans lesquels le lit était fait, d’un bon oreiller et d’une couverture pour se reposer et continuer le voyage vers un autre endroit.

Le 27 octobre 2017, j’ai décidé de quitter DMySP et de former mon propre groupe tropical sous le nom de LA TROPIFIESTA ORQUESTA, avec des jeunes gens talentueux et très professionnels. Ma carrière s’est également transformée jusqu’à ce que j’acquière suffisamment d’expérience pour prendre le relais et devenir chef d’orchestre, en laissant de côté le monde de la scène.

 

                                                                    Photographie. L’ORCHESTRE TROPIFIESTA – Fêtes de Quito (2019)

Jusqu’à présent, l’orchestre n’a pas cessé de surprendre le public qui aime danser sur des styles tropicaux.  Quoi de mieux que notre musique nationale équatorienne pour cela.

Je vous invite à découvrir notre culture, nos rythmes contagieux pour danser : le sanjuanito, la bomba, le pasacalle, le pasillo, un bel air typique et bien d’autres encore. Tous ces rythmes andins que le montubio, le costeño, le serrano, l’amazone, le métisse, l’indigène, le cholo et l’afro dansent, ensemble, car nous sommes tous équatorien !

Texte: Wilson Raura

Traduction: Martin Leberger