Une nouvelle espèce de trichoptères pour l’Equateur

Un Tricot quoi ?!

Collection d’insecte

Les trichoptères (Trichoptera), appelés aussi phryganes, font sans aucun doute partie de l’un des ordres d’insectes les plus méconnus. Mais surtout les plus intrigants et passionnants. Ces insectes proches des lépidoptères (mites et papillons) sont surtout connus à leur stade larvaire, qui est le plus long et souvent le plus esthétique. Adaptés aux milieux aquatiques, ils construisent des fourreaux très variés, où ils passent la plupart de leur état larvaire. Cette caractéristique est à origine de leur nom vernaculaire anglais Caddisfly, alors que le nom latin lui, fait référence aux pilosités présentes sur les ailes des adultes. Cette dernière caractéristique, en plus de leurs très longues antennes, permet justement de différencier les trichoptères des lépidoptères. L’un des points communs entre ces deux ordres est la sécrétion et fabrication d’une soie. Sans doute l’une des caractéristiques héritées d’un ancêtre commun.

 

Et qu’est-ce qu’ils ont de particulier ces Tricot-machin ?

Capture sur le terrain

Ces fourreaux en question sont pour les larves, leur refuge. Ils sont constitués de matériaux naturels de recyclage. Ces derniers sont trouvés dans les lits des rivières et agglomérés, grâce à la soie qu’elles fabriquent. Ces matériaux, très variés suivant les espèces, aident très souvent à déterminer la famille auxquelles elles appartiennent, et parfois le genre. Ils peuvent être construit avec des fragments de bois, de minuscules éclats de pierres – colorés ou non – des feuilles disposées en tuiles. Et même, pour la seule et unique espèce maritime australienne, en bris de corail. Selon leurs habitudes alimentaires, la constitution et la forme des fourreaux varient également. Certaines espèces filtrent les eaux, à la recherche de matières organiques à assimiler. D’autres sont prédatrices et d’autres sont charognards. Ces abris, souvent en forme de tunnel ou d’entonnoir leur servent en quelque sorte d’affut. Elles y passeront toute leur « jeunesse », avant d’émerger hors de l’eau, pour tenter de se reproduire avec leurs congénères. L’activité majeure de la phase adulte peut s’observer au crépuscule. C’est à ce moment, aux abords des rives d’où ils ont émergé, que les mâles vont partir à la cherche de femelles adultes pour se reproduire.

Et alors, il y a encore des nouvelles espèces à découvrir de ces bébêtes-là, de trichoptères?

Etude des spécimens capturés

3 animaux sur 4 sont des insectes. Certains scientifiques estiment que nous n’avons décrit jusqu’ alors que 3 à 5% de toutes les espèces d’insectes, présentes sur la planète. Cela donne de l’espoir pour les prochaines générations d’entomologistes. Beaucoup de ces scientifiques-chercheurs, partout dans le monde, s’efforcent de rechercher de nouvelles espèces appartenant aux genres, familles ou ordres sur lesquelles ils travaillent, visitant les sites les moins explorés, les plus reculés et surtout les moins contaminés, les trichoptères étant d’excellents indicateurs de bonne qualité des eaux.

En janvier 2015, Raphl Holszenthal, chercheur entomologiste de l’université du Minnesota (USA) et Blanca Rios-Touma, écologue aquatique et chercheuse à l’Université UDLA de Quito (Équateur), avec le support de Nature Experience/Ecuador Experience,  avons réalisé différentes sorties de terrain. Le but était de collecter des spécimens adultes sur différentes zones géographiques et altitudinales des contreforts de la cordillère équatorienne. Nous voulions ainsi tenter de trouver de nouvelles espèces.

….et alors ??… raconte, raconte… !!!

Sur la route de Macas

Mission réussie ! Après avoir descendu plus de 350 km le long de la vallée inter-andine jusqu’aux contreforts de la cordillère des Andes, en traversant communautés indiennes, hauts plateaux andins, forêts de nuages et végétation de piémont amazonien, la mission scientifique a rallié la ville de Macas. De là, nous avons exploré les zones humides de la réserve privée Rio Upano, de nos amis Galo Real et Rohan Wallace. C’est ici que nous avons trouvé cette nouvelle espèce d’Amphoropsyche. Ce genre de trichoptère, a une distribution très réduite, et n’est présent que dans les néo-tropiques. Il n’existe jusqu’à présent que 15 espèces connues et décrites jusqu’alors. Le Amphoropsyche real, baptisé ainsi en remerciement à la Famille Real-Wallace. Cette dernière nous a si gentiment accueillis durant cette expédition scientifique. Elle est très similaire aux autres espèces du même genre. Les différences primordiales résident sur le plan des genitalia (structure de l’appareil reproducteur), unique caractère pris en compte pour la détermination d’espèces. Un travail microscopique et minutieux, réalisé dans les laboratoires de l’Université du Minnesota.

La description complète de cette nouvelle espèce est disponible ici