Sebas et la danse

Bonjour, je m’appelle Sebastian, je travaille depuis 7 ans dans le tour opérateur Nature Experience et je vis à Quito, en Équateur, Amérique du Sud, dans les Andes et pile sur la ligne équatoriale.

Je suis danseur, professeur de danse et, à l’avenir, chorégraphe. J’aime toutes les danses et je pratique la danse classique, contemporaine et en particulier l’ethno-contemporaine que beaucoup de gens décrivent comme de la danse traditionnelle, dans un groupe appelé le Ballet Andino Humanizarte. J’y ai appris non seulement à bouger, les styles de danse traditionnels de l’Équateur, du Pérou, du Mexique, de la Colombie, etc., mais aussi la langue Quichua (une des langues les plus parlées en Équateur et aux Andes) et à mieux comprendre les cultures indigènes de l’Amérique ainsi que leur cosmovision.

Grâce à la danse équatorienne, j’ai pu mieux comprendre mon pays à partir de son histoire, de son peuple et de sa culture. L’Équateur n’est pas un pays avec des danses de renommée internationale comme le huayno péruvien, la cumbia colombienne, la saya bolivienne, mais nous avons une grande variété culturelle qui, peut-être par l’absence de tant de codes de danse, permet une plus grande création ou réinterprétation des pas de danse qui portent toujours un sentiment envers la terre.

LE SAN JUANITO ET L’INTY RAYMI

Un exemple de cela est le San Juanito (oui, San Juanito, parce qu’en Équateur tout est petit et beau).

Le San Juanito est un rythme musical ancestral et une façon de danser typique des Andes. Il est très accessible, car il s’agit essentiellement d’un seul pas qui consiste à piétiner avec une jambe sur le sol en continu pendant des heures en compagnie de toute la communauté et à danser dans la spirale de la vie. Elle est appelée San Juan (Saint Jean) parce que vers le 21 juin, les indigènes sortent généralement pour célébrer l’Inti Raymi (inti = soleil, raymi = fête) à l’occasion du solstice de juin, une date primordiale dans le calendrier andin puisqu’elle commémore non seulement cet événement astronomique mais aussi le début de la saison sèche, et le début d’un nouveau cycle agricole. Cet événement millénaire, spirituel et artistique, qui remplit toutes les communautés des Andes de danse et de musique est appelé San Juan puisque le 23 juin est la fête catholique de la Saint Jean amenée par les Espagnols, et qui voyant que cet événement se produisait toujours dans ces festivités, l’ont nommé ainsi, ce qui était pratique pour les indigènes puisqu’ils ne pouvaient pas dire qu’ils adoraient le Taita Inti (Père Soleil), la Mama Quilla (Mère Lune) ou la Pachamama (Mère Terre).

Pendant cette période de juin, chaque communauté construit son San Juan pendant plusieurs jours et nuits, ils s’habillent de leurs plus beaux atours représentant les vêtements de chaque communauté et ils construisent d’énormes groupes de danse où hommes et femmes dansent, chantent sur des kilomètres sans s’arrêter.

L’AYAHUMA OU L’HUMA DU DIABLE

À cette occasion dans la mythologie andine surgit l’Aya Huma (Tête du diable / Tête de l’esprit), c’est un être mythologique typique de la région andine surtout du nord de l’Équateur.

Cet être possède un corps d’homme, son habillement peut varier selon les communautés et les époques. Ce qui frappe dans ce personnage, c’est sa tête avec des cornes et un double visage, devant et derrière, qui observent tout et représentent la dualité de la vie (le bien et le mal, le haut et le bas, le masculin et le féminin) ; un concept très présent dans la cosmovision andine. L’Aya Huma a toujours entre les mains un acial (fouet) pour punir ceux qui causent des problèmes dans la communauté, il n’est pas un diable au sens catholique du terme représentant le mal, mais un protecteur qui accompagne la fête de la communauté en dansant et en veillant au bon équilibre.

Photo: COREOGRAFIA LLAMADA PAWCAR RAYMI, QUE CORRESPONDE AL MES DE FEBRERO EPOCA DEL FLORECIMIENTO

La fête de l’Inti Raymi est l’un des moments les plus pittoresques des Andes que nous attendons tous avec impatience car il s’agit d’une reconnexion avec nos racines et par là même avec la terre, car en nous installant avec nos pieds nous rendons hommage et remercions la Pachamama en lui demandant la permission de la danser.

Si cette histoire a éveillé votre curiosité pour connaître l’Inti Raymi, je vous invite à vous rendre en Équateur à la fin du mois de juin. Rappelez-vous que le 21 juin est le Solstice, et vivez cette danse communautaire qui se construit à chaque fois comme un sceau de l’identité équatorienne. Mes endroits préférés pour la San Juan sont au nord de Quito dans la région de Cayambe où les San Juanes sont colorés, chantés et joyeux, ou si vous préférez quelque chose de plus guerrier, j’aime aller à Cotacachi où la San Juan est clairement une lutte communautaire pour l’honneur..

J’espère que mon histoire a attiré votre attention et que vous vous souvenez que l’Équateur est un petit pays entre jungle tropicale et montagnes plein de merveilles à connaître.

Par Sebastián Diaz, un amoureux de la danse, la culture et la nature.

Photos avec la permission de : Ballet Andino Humanizarte